This article is a translation by Jessé Roy-Drainville of the renowned Winter Finch Forecast for the period 2025-2026 written by Tyler Hoar from the Finch Research network.
To access the original version and other information about Finches : https://finchnetwork.org/winter-finch-forecast-2025-2026
On prévoit une migration importante de nombreuses espèces de fringillidés dans l’est du Canada. Avec une production semencière généralement très faible dans la forêt boréale, du centre du Québec jusqu’au Manitoba, cet événement migratoire pourrait être le plus important depuis 2020-2021.
Certaines vastes zones dans l’est de la forêt boréale montrent une production semencière très faible. À ces endroits, les arbres fournissant des sources de nourriture importantes, comme l’Épinette blanche, le Mélèze laricin et le Bouleau à papier, présentent souvent une absence totale de nouvelles graines. D’autres sources de nourriture habituellement régulières, comme l’épinette noire et les aulnes, sont également inférieures à la moyenne dans ces mêmes régions. De plus, un déplacement précoce et généralisé de petits groupes de Sizerins flammés dans l’est du Canada laisse présager une faible production semencière au nord du Québec et au Labrador.
Deux régions montrent une abondance plus significative de semences chez les arbres. La première couvre la région des montagnes Adirondacks dans l’État de New York jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, la Gaspésie, les provinces maritimes et le sud de Terre-Neuve, où la production semencière est supérieure à la moyenne cette année. La seconde région s’étend du nord-est du Manitoba aux Territoires du Nord-Ouest, jusqu’en Alaska et dans les montagnes Rocheuses du Canada et des États-Unis, où la production semencière est également supérieure à la moyenne.
L’épidémie de la Tordeuse des bourgeons de l’épinette était répandue cet été, de l’est du Manitoba jusqu’au Québec, fournissant ainsi une abondance de nourriture aux Gros-becs errants, aux Tarins des pins et aux Roselins pourprés pendant la période de reproduction.
Les Roselins pourprés et les Sittelles à poitrine rousse se déplacent déjà vers le sud en grand nombre depuis la mi-août.
PRÉVISIONS PAR ESPÈCE
Les prévisions s’appliquent principalement à l’Ontario ainsi qu’aux provinces et États adjacents. Trois passereaux éruptifs qui ne sont pas des fringillidés, mais dont les déplacements sont souvent liés à ceux-ci, sont également abordés ici. Suivez les déplacements des fringillidés cet automne et cet hiver sur eBird, le Finch Research Network et le groupe Facebook Finches, Irruptions and Mast Crops pour plus d’informations.
DURBEC DES SAPINS
On prévoit un déplacement faible à modéré de cette espèce vers le sud de l’Ontario, le sud du Québec et les états frontaliers cette année. La production de fruits chez les sorbiers semble inférieure à la moyenne, voire faible, du lac Supérieur à travers la forêt boréale jusqu’à l’est du Québec. En dehors de cette zone, la quantité de fruits semble supérieure à la moyenne. Les durbecs qui se rendront plus loin vers le sud chercheront les fruits du sorbier des oiseleurs et de petits pommiers décoratifs, même en milieu urbain. Aux mangeoires, ils préfèrent les graines de tournesol noir.
ROSELIN POURPRÉ
La plupart des Roselins pourprés se déplaceront vers le sud cette année et sortiront complètement de l’est du Canada. Certains atteindront même les états américains du Sud. Des observations de cette espèce en migration sont faites depuis déjà plusieurs semaines. De nombreux jeunes ont profité de l’abondance de nourriture due à l’épidémie de tordeuse, ce qui les a incités à partir en quête de nourriture très tôt en saison.
Aux mangeoires, ils préfèrent les graines de tournesol noir. En dehors des mangeoires, cette espèce se nourrit de graines de lilas, de frêne et d’autres feuillus pendant l’hiver.
SIZERIN FLAMMÉ
On s’attend à un déplacement important vers le sud à l’est du lac Supérieur et à un déplacement modéré vers les états près des Grands Lacs. De nombreux sizerins provenant des régions subarctiques et arctiques du centre-ouest devraient se diriger vers les conifères du Manitoba. Le déplacement précoce et répandu, mais pas surprenant, observé en août (du nord de l’Ontario jusqu’à Terre-Neuve) suggère une mauvaise production semencière de bouleaux et d’aulnes au nord du Québec. La très faible production, voire l’absence de semences de bouleaux à papier et de mélèzes, du Manitoba jusqu’au centre du Québec, ainsi que la production inférieure à la moyenne d’aulnes et de bouleaux jaunes, devraient forcer la majorité des Sizerins flammés à migrer vers le sud une fois la neige tombée dans la zone boréale.
Vous trouverez les sizerins sur les bouleaux, dans les champs de graminées et près des mangeoires contenant des graines de tournesol noir ou du chardon.
En 2024, le Sizerin flammé, le Sizerin blanchâtre et le Sizerin cabaret ont été regroupés en une seule espèce : le Sizerin flammé. Des études génétiques ont révélé qu’un « super gène » était responsable des différences dans le plumage de ces oiseaux, désormais déclassés en sous-espèces. Recherchez les sizerins de la sous-espèce blanchâtre dans les groupes de sizerins.
BEC-CROISÉ DES SAPINS
La production de cônes chez les conifères est bonne dans les provinces maritimes et les états américains du Nord-Est. Les Becs-croisés des sapins de type 12 sont dans leurs zones habituelles de conifères dans ces régions et devraient y rester pendant l’hiver. Quelques type 1 seront également présents ici et là.
Les effectifs seront plus faibles dans les environs du parc provincial Algonquin et vers les États près des Grands Lacs. On ne s’attend pas à une irruption importante venant de l’ouest (le type 2 restant incertain). Il se peut que, comme chaque année, certains becs-croisés des sapins migrent vers le sud en fin d’hiver, le long de la côte Est jusqu’à Long Island, Cape May, le Delaware et les régions plus au sud, car les graines de conifères commencent à manquer au fur et à mesure que l’hiver progresse.
Il est généralement difficile d’identifier les différents types de Becs-croisés des sapins sans enregistrements de leurs cris de vol. Des enregistrements peuvent facilement être réalisés avec un smartphone, et les types peuvent alors être identifiés. Matt Young (info@finchnetwork.org) pourra identifier les cris si vous lui envoyez vos enregistrements par courriel ou si vous les téléchargez sur une liste d’observations eBird. Les enregistrements téléchargés sur eBird sont conservés dans la bibliothèque Macaulay.
BEC-CROISÉ BIFASCIÉ
Le cycle migratoire du bec-croisé agit un peu comme un pendule, d’ouest en est et vice-versa dans la forêt boréale, suivant les abondances de cônes d’épinettes. Cette année, le pendule se situe à l’ouest. Une excellente production de cônes d’épinettes, du nord-est du Manitoba à l’Alaska et dans les montagnes Rocheuses du Canada, devrait garder la majorité des becs-croisés bifasciés cet automne et cet hiver. De plus, des groupes ont été observés quittant la région de la baie d’Hudson, dans le nord de l’Ontario, se dirigeant vers l’ouest en juin. La plupart des individus restant dans l’est devraient se diriger vers les conifères de la Nouvelle-Angleterre et des Maritimes. En dehors de ces deux zones, on peut s’attendre à des groupes dispersés se déplaçant autour des Grands Lacs à la recherche de nourriture, notamment dans toutes les épinettes ayant produit des cônes en quantité en milieu urbain (y compris les arbres ornementaux).
L’auteur a travaillé six semaines en forêt boréale dans le nord de l’Ontario en 2024 et 2025 et a pu constater l’importance que peuvent avoir des différences significatives dans la quantité de cônes chez les conifères. En 2024, la production de cônes de mélèze était supérieure à la moyenne, ce qui lui a permis d’observer plus de 1100 becs-croisés bifasciés. Dans la même zone en 2025, les conifères n’avaient pas produit de cônes. Résultat : seulement cinq individus ont été observés.
TARIN DES PINS
Les zones touchées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette ont bénéficié d’une abondance de nourriture pendant la période de reproduction de cette espèce, mais ces mêmes zones présentent une très faible production de cônes, forçant les tarins à les quitter rapidement et en grand nombre.
Comme le montrent les recaptures faites par les programmes de baguage sur le continent, les tarins, tout comme les becs-croisés, effectuent des déplacements d’est en ouest et vice-versa, à la recherche des zones où les cônes abondent. Avec la très faible production semencière chez l’épinette blanche et le bouleau à papier dans l’est de la forêt boréale, on peut s’attendre à ce que les tarins se déplacent de façon modérée vers le sud, mais il reste possible que ce déplacement soit bien plus important.
La bonne production de cônes de Thuya occidental autour des Grands Lacs, notamment, attirera quelques groupes de tarins des pins durant l’hiver.
Cette espèce apprécie les graines de chardon dans les mangeoires en silo.
GROS-BEC ERRANT
Profitant également de l’épidémie de Tordeuse des bourgeons de l’épinette, le gros-bec a connu une excellente saison de reproduction dans les régions touchées. Comme sources de nourriture habituelles lorsque les chenilles de tordeuse se font plus rares durant l’été, on retrouve les cerisiers, les frênes et les sorbiers. Ces derniers ont donné peu de fruits et de graines sur de vastes zones.
On peut s’attendre à un déplacement modéré de gros-becs vers le sud cet automne. Selon la direction et le moment où ils quitteront la forêt boréale, certains groupes pourraient hiverner plus au sud que d’habitude. Grâce à la bonne production de cônes dans le sud du Québec, les provinces maritimes, la Nouvelle-Angleterre et l’État de New York, les gros-becs pourront y passer l’hiver. Quelques individus pourraient atteindre la Pennsylvanie et peut-être les zones montagneuses des états « Mid-Atlantic ».
Les gros-becs du nord-ouest de l’Ontario devraient quitter la forêt boréale et chercher de la nourriture dans les villes, notamment.
Aux mangeoires, les gros-becs préfèrent les graines de tournesol noir. Ils peuvent aussi chercher de la nourriture dans les érables et les frênes qui portent encore des samares.
TROIS AUTRES PASSEREAUX IRRUPTIFS
Les déplacements de ces trois passereaux sont souvent liés à ceux des fringillidés boréaux.
GEAI BLEU
On s’attend à un nombre moyen de Geais bleus en déplacement le long des rives nord des lacs Ontario et Érié. La production de glands et de noisettes varie de pauvre à moyenne selon les endroits où les arbres sont présents. Les régions du centre de l’Ontario et des Laurentides (sud-ouest du Québec) montrent une production supérieure à la moyenne pour ces semences. Avec une production faible à l’ouest du lac Supérieur, on s’attend à un déplacement plus important de geais bleus vers le sud dans cette région.
SITTELLE À POITRINE ROUSSE
Cette espèce se déplace en grand nombre vers le sud depuis la mi-août. Certains individus ont déjà atteint la côte du golfe du Mexique en Alabama. Avec la faible production semencière dans l’est de la forêt boréale, on s’attend à ce que cette espèce poursuive sa migration vers le sud. Aux mangeoires, elle préfère les graines de tournesol, le suif et les arachides.
JASEUR BORÉAL
Les Jaseurs boréaux se trouvant à l’ouest du Manitoba devraient rester dans les forêts boréales et montagneuses cet hiver. En revanche, la majorité des jaseurs boréaux à l’est du Manitoba seront probablement en déplacement à la recherche de fruits. La production de fruits chez le sorbier d’Amérique étant faible à l’est du lac Supérieur, les jaseurs boréaux devraient migrer vers leurs aires d’hivernage traditionnelles, du centre de l’Ontario jusqu’aux provinces maritimes et au nord de la Nouvelle-Angleterre, d’ici le début de l’hiver. Certains individus pourraient apparaître dès le milieu de l’automne, peut-être cachés au sein de groupes de Jaseurs d’Amérique.
De vastes régions situées juste au sud des Grands Lacs ont connu cet été une importante sécheresse, entraînant de nombreux échecs dans la production de semences chez les arbres fruitiers. Cette pénurie pourrait pousser les jaseurs boréaux à s’aventurer au-delà de leurs aires d’hivernage habituelles, à la recherche de nourriture durant la fin de l’hiver.
Les jaseurs boréaux qui iront vers le sud pour se nourrir des baies de nerprun (Rhamnus), de Genévrier de Virginie et de vigne sauvage chercheront aussi leur nourriture dans les villages et les villes, où ils affectionnent les baies de sorbier des oiseleurs et de pommetiers ornementaux plantés.
Merci au Finch Research Network et notamment Tyler Hoar et Matt Young, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont aidé à ces prévisions (liste sur le document original) et contribué aux photos et notamment Jessé Roy-Drainville pour la traduction.