27 mars, 2026

Par Alexandre Terrigeol

Depuis 1993, l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac (OOT) a récolté des dizaines de milliers de données sur les oiseaux du Québec, que ce soit dans le cadre de projets à long terme ou de projets spécifiques. Mais à quoi servent ces données et comment sont-elles utilisées ? C’est le thème de cette nouvelle chronique des migrations !

Des oiseaux protégés

Les projets de recherche menés par les observatoires en Amérique du Nord et qui utilisent le baguage d’oiseaux comme méthode sont particulièrement encadrés et nécessitent une collaboration étroite avec les gouvernements. La plupart des espèces d’oiseaux sont protégées, et tout travaux qui nécessitent une manipulation durant un laps de temps limité dans un but scientifique et/ou éducatif, est régie par des permis de recherche stricts.

Ces permis sont délivrés par le Bureau canadien de baguage d’oiseaux (BBO) pour les espèces protégées par la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, et par le gouvernement du Québec pour les espèces visées par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune.

Dans ce contexte, les organismes qui étudient les oiseaux à l’aide de bagues fournies par le gouvernement fédéral ont l’obligation de soumettre leurs données au BBO. Il en va de même pour les données concernant les espèces relevant de juridictions provinciales. Ces données peuvent ensuite être utilisées par des chercheurs ou étudiants, à l’échelle internationale dans le cadre d’études scientifiques. D’ailleurs, plusieurs articles scientifiques ont déjà utilisé les données de baguage provenant de l’OOT et d’autres observatoires au Canada.

Des réseaux de surveillance canadiens et américains

Le Réseau canadien de surveillance des migrations (RCSM) est une collaboration nationale d’observatoires d’oiseaux, coordonnée par Oiseaux Canada, qui surveille les populations d’oiseaux migrateurs en partenariat avec Environnement et Changement climatique Canada et le Service canadien de la faune. L’OOT contribue ainsi, depuis 1998, à l’analyse des tendances des populations d’oiseaux réalisée au Canada. Ces données sont aujourd’hui accessibles sur NatureCount et peuvent être utilisées par de nombreux chercheurs et étudiants. Grâce à des protocoles standardisés et à de longues séries temporelles, elles permettent de compléter d’autres méthodes d’inventaire.

En parallèle, l’OOT est également membre de la Hawk Migration Association, qui regroupe plus de 200 stations de suivi des oiseaux de proie. Les données partagées de recensement contribuent notamment à la production du Raptor Population Index (RPI), qui établit des tendances populationnelles pour les rapaces diurnes à l’échelle de l’Amérique.

Depuis 2014, l’OOT mène également des travaux de pose d’émetteurs VHF sur des oiseaux afin de mieux comprendre leurs migrations. Ces données sont ensuite partagées au sein du réseau collaboratif Motus, un programme d’Oiseaux Canada. Il est d’ailleurs possible de visualiser les déplacements observés grâce à une carte interactive développée par Audubon avec une multitude de collaborateurs, regroupant les mouvements de plus de 450 espèces d’oiseaux.

Une multitude de partenaires

Devant la quantité de données accumulées grâce au travail remarquable des employés et bénévoles, passés et présents, ainsi qu’aux soutiens financiers de nombreux partenaires, le partage de ces données est une nécessité. Nos travaux ne se limitent pas à leur collecte : leur mise en valeur constitue une priorité pour notre organisme.

Pour ce faire, des collaborations avec des universités et des groupes de recherche sont mises en place. Celles-ci permettent de valoriser ces données, mais aussi d’enrichir des projets existants. Par exemple, le prélèvement de plumes contribue au projet Génoscape, qui vise à mieux comprendre la connectivité migratoire des oiseaux, soit le lien entre les sites de reproduction, les haltes migratoires et les sites d’hivernage.

Grâce à des séries temporelles couvrant plus de 30 ans pour certaines espèces, et dans un contexte de changements globaux, ces données fournissent une multitude d’informations sur les oiseaux et leurs migrations. Par exemple, en participant au réseau Owlnet, qui regroupe près d’une centaine de stations en Amérique du Nord, plusieurs études nord-américaines sur la Petite Nyctale et la Nyctale de Tengmalm ont vu le jour.

Enfin, les données accumulées, ou en cours de collecte, permettent de répondre à de nouvelles questions de recherche, notamment en lien avec les changements globaux, mais aussi avec l’émergence de maladies et de parasites.

Une volonté de partager

Toutes ces données, ainsi que les études scientifiques qui en découlent, sont essentielles. Toutefois, l’OOT accorde également une grande importance à leur diffusion et à leur vulgarisation auprès du public et de ses partenaires.

Nous sommes constamment à la recherche de nouvelles collaborations, que ce soit avec des partenaires financiers, des étudiants aux cycles supérieurs ou des organisations.

Nous souhaitons enfin remercier toutes celles et tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à l’acquisition et à la valorisation de ces données.