10 décembre, 2025

Par André Desrochers et Laetitia Desbordes

L’attraction conspécifique est un terme désignant la tendance d’un individu à se rapprocher d’autres membres de la même espèce. Ce phénomène a été mis en évidence lors du choix d’un habitat. Cette idée repose sur le fait que la présence de congénères constitue un excellent indice de qualité du milieu, indiquant qu’il est favorable à l’alimentation, la survie et la reproduction. Les individus d’une même espèce présents dans un habitat constituent donc un indicateur de qualité de cet habitat.

Qu'en est-il durant la migration ?

Les migrations d’oiseaux rassemblent souvent plusieurs espèces dans les mêmes sites, favorisant les interactions et parfois la formation de groupes mixtes. Si l’on connaît depuis longtemps les avantages de ces regroupements pour échapper aux prédateurs, des recherches récentes montrent aussi l’importance de la communication, surtout lors des migrations nocturnes. Les oiseaux semblent exploiter divers indices, en particulier ceux fournis par leurs congénères, pour optimiser leur navigation, leur vitesse et le choix de leurs haltes migratoires.

Cependant, les aspects sociaux de la migration demeurent peu étudiés. On ignore notamment si les congénères fournissent de meilleures informations que les individus d’autres espèces et si cela conduit à des regroupements volontaires. Si l’attraction conspécifique est bien connue chez certains oiseaux grégaires comme les oies, les jaseurs, les oiseaux aquatiques, les échassiers ou encore chez les perroquets, elles restent mal connues chez les passereaux migrateurs. Elle pourrait cependant être plus fréquente qu’on ne l’imagine.

En photo : Paruline à croupion jaune (avant plan) et Paruline à poitrine baie (arrière plan)

Les Dunes de Tadoussac, un site exceptionnel pour une étude de cette envergure

Depuis plusieurs années, des mouvements spectaculaires printaniers sont rapportés sur la Côte-Nord. Des milliers de passereaux sont parfois observés en migration inverse, soit du nord vers le sud et la raison reste encore obscure. Le 28 mai 2018, un mouvement spectaculaire de plus d’un demi-million de passereaux, constitués principalement de parulines, est observé aux dunes de Tadoussac. Ce phénomène inédit, activement documenté et relayé dans les médias, a motivé la mise en place de relevés visuels standardisés au printemps sur les dunes, afin de mieux comprendre ses causes et ses conséquences.

Depuis, le site est reconnu pour ses événements migratoires aussi aléatoires que spectaculaires et colorés, parfois avec des milliers de passereaux volant à proximité des observateurs. Ce type de projet à long terme ouvre la voie à des recherches plus spécifiques, grâce à la présence quotidienne d’un(e) ornithologue sur le site.

En photo : Paruline à tête cendrée (haut) et Paruline à collier (bas)

Un vol généralement monospécifique

De 2019 à 2025, les auteurs ont cherché à déterminer si les oiseaux néo-tropicaux de la même espèce se regroupent lors de la migration printanière. Ils ont alors étudié l’attraction conspécifique pendant la migration aux Dunes de Tadoussac. Pour mieux comprendre ces événements, ils ont noté des séquences d’oiseaux individuels se déplaçant juste au-dessus du sol le long des dunes.

Dès la première session d’observations, il était évident que les oiseaux étaient beaucoup plus susceptibles de suivre des oiseaux de la même espèce à courte distance que d’autres espèces. Ils ont confirmé cette tendance après avoir analysé plus de 87,700 séquences et pris en compte la composition en espèces et leur abondance. La plupart des séquences comportaient moins de 5 individus consécutifs de la même espèce, mais certaines en comptaient plusieurs dizaines (jusqu’à 103). Il ne semblait pas y avoir d’espèces meneuses, c’est-à-dire plus susceptibles de mener plutôt que de suivre une autre espèce.

Une attraction conspécifique était aussi présente dans les comptages horaires, du moins dans le cas de la Paruline obscure et de la Paruline à tête cendrée, espèces plus abondantes.

En photo : deux Parulines tigrées

Conclusion

L’attraction conspécifique chez les passereaux en migration est peu documentée et la littérature à ce sujet est rare. Cependant, les migrations inverses aux Dunes de Tadoussac ont constitué une excellente occasion de documenter ce phénomène de façon plus importante ! Selon les connaissances acquises, cette étude fournit la première preuve détaillée d’attraction conspécifique chez les passereaux en migration.

Pour lire l’article (en anglais) : Desrochers, A., and L. Desbordes. 2025. Conspecific attraction in songbirds during spring migration. bioRxiv: 2025.2010.2020.683507. doi:10.1101/2025.10.20.683507 (téléchargement)