18 juin, 2025

Par Alexandre Terrigeol

Le printemps s’est déjà refermé sur une saison riche en découvertes, marquant la fin de nos activités de recherche printanières sur le terrain. Alors que l’été s’installe et que débute la période de reproduction pour de nombreuses espèces, c’est le moment idéal pour revenir sur une décennie de suivis qui a révolutionné notre compréhension du comportement des oiseaux boréaux et arctiques.

Découvertes grâce au réseau Motus

L’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac (OOT) est fier de souligner la parution, ce printemps, d’un article scientifique dans le Journal of Field Ornithology. Cette publication met en valeur dix ans de suivis menés par notre organisme en collaboration avec Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). Ce projet a également été rendu possible grâce au soutien financier de Protection des Oiseaux du Québec et à l’aide de centaines de bénévoles.

Grâce au réseau Motus, un vaste réseau de stations de télémétrie réparties dans des zones clés, il est désormais possible de suivre les déplacements d’oiseaux sur de grandes distances. En retraçant les routes migratoires de plusieurs espèces boréales et arctiques, comme l’Alouette hausse-col ou la Grive à dos olive, nous avons mis au jour des parcours insoupçonnés et souligné l’importance de certaines haltes migratoires.

Saviez-vous, par exemple, que le Roselin pourpré migre principalement de nuit ? Ce comportement, courant chez les passereaux, était pourtant méconnu chez les fringillidés, souvent observés en plein jour et pourrait varier selon les années d’irruptions.

Portée des données pour la conservation

Ces données permettent non seulement de mieux comprendre le comportement des espèces aviaires du Québec, mais elles soutiennent aussi des efforts de conservation à grande échelle, en révélant les liens critiques entre les habitats de nidification boréaux et arctiques et les sites d’hivernage. L’article illustre comment le réseau Motus révolutionne l’étude des migrations en rendant visibles des déplacements auparavant inaccessibles avec les méthodes traditionnelles.

Bien que ces données soient complémentaires avec les stations de baguage qui se concentrent plutôt sur le suivi des tendances de population et d’autres questions biologiques, le taux de recaptures externes des oiseaux bagués est très faible. Combinées à la conservation des milieux naturels, à la surveillance des populations et aux sciences participatives, les données issues du réseau Motus permettent de mieux cibler les actions de conservation.

Nouveau projet sur le Gros-bec errant

Dans cette continuité, le printemps 2025 a marqué le lancement d’un nouveau projet centré sur le Gros-bec errant, une espèce boréale charismatique et encore largement méconnue dans ses déplacements. Désignée espèce préoccupante en 2016 et inscrite à l’annexe de la Loi sur les espèces en péril, l’espèce subit une multitude de perturbations qui nuisent à sa population. Comme plusieurs espèces de fringillidés, l’espèce est notamment sensible à la Mycoplasmose, une maladie bactérienne, qui se transmet par contacts directs ou indirects (oiseaux fréquentant les mêmes sites d’alimentation).

Ce projet, initié en collaboration avec Junior Tremblay d’ECCC et le Finch Research Network, vise à mieux comprendre les patrons de migrations et d’irruption de cette espèce. Grâce à l’installation d’émetteurs Motus et GPS sur plusieurs individus capturés au printemps et à l’automne, les premiers signaux ont déjà été détectés, annonçant des données prometteuses à venir sur les déplacements et l’utilisation du territoire de cette espèce. Nous remercions sincèrement Protection des Oiseaux du Québec pour son soutien financier, dont la contribution rend cette recherche possible.

Rôle et mission de l’OOT

Ce nouveau projet illustre bien l’élan qui anime l’OOT : une curiosité scientifique portée par l’urgence de mieux protéger les espèces boréales. Chaque émetteur posé, chaque oiseau suivi, ajoute une pièce au grand casse-tête de la migration.

En tant qu’observatoire de terrain actif au cœur d’une route migratoire exceptionnelle, l’OOT joue un rôle unique : celui de relier la science, la conservation et la sensibilisation du public. En révélant des trajectoires inattendues et en mettant en lumière des menaces parfois invisibles, comme les maladies transmissibles aux mangeoires, nous contribuons à orienter des actions concrètes ici et ailleurs.

L’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac n’est pas qu’un lieu d’observation : c’est un véritable laboratoire à ciel ouvert, où chaque saison migratoire est une occasion de mieux comprendre — et de mieux protéger — le vivant.

Pour lire l’article : Walker, J., Therrien, J. F., Bégin-Marchand, C., Côté, P., Terrigeol, A.,   Gagnon, F., & Tremblay, J. A. 2025. Insights from a decade of using the Motus network to track boreal bird species from Observatoire d’oiseaux de Tadoussac, Québec to temperate and tropical wintering grounds. Journal of Field Ornithology, 96(2):2. (Téléchargement)