10 juillet, 2026

Par Clara Casabona

Le Hibou des marais (Asio flammeus) est l’un des rapaces les plus largement répandus dans le monde. Pourtant, en Amérique du Nord, ses populations sont en déclin et, au Canada, l’espèce a récemment été recommandée pour être désignée comme espèce menacée. Au Québec, on estime qu’il reste moins de 100 couples nicheurs.

La résolution d'un défi technique

Pour mieux protéger l’espèce, il est essentiel de savoir où elle se reproduit et comment ses populations évoluent. Or, le Hibou des marais est particulièrement difficile à détecter. Contrairement à plusieurs autres hiboux, il niche directement au sol, dans les prairies, les terres agricoles et les milieux humides. Peu vocal, actif surtout à l’aube et au crépuscule, il peut également changer de site de reproduction d’une année à l’autre en fonction des conditions du milieu. Toutes ces particularités compliquent le suivi de ses populations et les efforts de conservation.

Pour répondre à ces défis, une étude a été réalisée afin de mieux comprendre les habitats utilisés par le Hibou des marais et les facteurs pouvant améliorer sa détection. Cette étude visait à répondre à trois questions :

  • Quels sont les habitats les plus favorables à sa reproduction?
  • Revient-il aux mêmes sites d’une année à l’autre?
  • Certaines espèces d’oiseaux peuvent-elles aider à le détecter?

Où se trouvent les meilleurs habitats?

Plus de 25 années d’observations du programme SOS-POP, combinées à différentes données environnementales, ont permis de développer un modèle prédisant les habitats les plus favorables à la reproduction du Hibou des marais au Québec méridional.

Le modèle met rapidement en évidence un fait important : malgré l’immensité du territoire étudié, seulement 2 % présentent des conditions jugées de très haute qualité pour l’espèce. Ces habitats se situent principalement à faible altitude, dans de vastes paysages ouverts où les terres agricoles occupent une place importante, sans toutefois dominer complètement le paysage. À l’inverse, les grands massifs forestiers offrent peu de conditions favorables au Hibou des marais. La validation du modèle à l’aide de données indépendantes issues d’eBird et de NatureCounts a montré que plus de 70 % des observations de reproduction se situaient à des habitats classés comme bons ou excellents. Le modèle permet donc d’identifier efficacement les secteurs les plus favorables à l’espèce.

Un oiseau qui change souvent d’adresse

Contrairement aux espèces territoriales, le Hibou des marais fait preuve d’une grande mobilité. Seulement 17 % des sites de reproduction étaient occupés pendant plusieurs années, et à peine 6 % l’étaient durant deux années consécutives.

En hiver, les oiseaux manifestent une fidélité légèrement plus élevée à leurs sites, mais ceux-ci correspondent rarement aux secteurs utilisés pour la reproduction. Autrement dit, l’observation d’un Hibou des marais en hiver ne permet pas de prédire où il nichera l’été suivant. Cette mobilité est probablement liée aux fluctuations des populations de petits rongeurs, sa principale source de nourriture, dont l’abondance varie fortement d’une année à l’autre.

Quand un oiseau en révèle un autre

Les espèces qui fréquentent les mêmes habitats peuvent parfois servir d’indicateurs pour localiser une espèce plus rare. Afin d’évaluer cette possibilité, plus de 131 000 listes eBird ont été analysées dans les habitats de haute qualité prédits par le modèle. Les communautés d’oiseaux observées dans les secteurs où le Hibou des marais avait déjà été détecté ont été comparées à celles de sites comparables où il n’avait jamais été observé.

Parmi les 195 espèces étudiées, le Bruant vespéral présentait l’association la plus forte avec le Hibou des marais. Il était observé près de trois fois plus souvent dans les sites occupés par ce dernier. Le Bruant des plaines et le Moucherolle des saules montraient également une association positive, mais moins constante. Ces résultats suggèrent que le Bruant vespéral pourrait constituer une espèce d’indicatrice utile lors des inventaires. Son chant, beaucoup plus facile à détecter que la présence discrète du Hibou des marais, pourrait aider les biologistes à cibler les secteurs où les probabilités de détection sont les plus élevées.

En conclusion

Le Hibou des marais demeure l’un des rapaces les plus difficiles à suivre au Québec. Sa discrétion, ses déplacements fréquents et la transformation progressive des milieux ouverts compliquent sa conservation. Au-delà d’une meilleure connaissance de l’espèce, ces travaux fournissent des outils concrets pour améliorer les efforts de conservation.  En combinant les données issues de la science citoyenne, la modélisation des habitats et l’analyse des communautés d’oiseaux, cette étude propose de nouvelles approches pour mieux cibler les habitats les plus favorables à la reproduction et augmenter la détection de l’espèce. Dans un contexte où les milieux ouverts continuent de disparaître ou de se transformer, ces outils permettront de concentrer les efforts dans les secteurs où ils auront le plus d’impact.

Pour lire l’article (en anglais) : Casabona Amat, C., Hachey, M.-H., Côté, P., Therrien, J.-F., & Lemaître, J. (2026). Enhancing detection of short-eared owls in Québec: Habitat quality, seasonal occurrence, and avian proxies. Journal of Wildlife Management, 90, e70238. https://doi.org/10.1002/jwmg.70238